Réponse à Florian BRUNNER, Bougeons les lignes (Colmar)

http://jeunescolmariens.over-blog.com/article-31202743.html
Très bonne synthèse effectivement !
Je reste néanmoins dubitatif sur les “angles d’attaque” préconisés dans ce billet et qui selon toi contribueront à l’épanouissement d’un humanisme européen (approche institutionnelle, gouvernance économique, partenariats stratégiques et défense…).
Une question est éludée : existe t’il une identité européenne ? Se sent-on réellement européen ? Il faut, à mon humble avis, partir de ce dilemme pour apporter les réponses aux lacunes constatées en matière de construction européenne (une Europe politique et non plus philosophique).
Je suis également convaincu que c’est en changeant le fonctionnement des institutions, ce que nous permettra en partie le traité de Lisbonne, que l’Europe gagnera en visibilité et crédibilité.
Pour en revenir à la notion d’identité européenne, je pense que la devise tant ressassée “Unis dans la diversité” (et non “Unie dans la diversité”, comme j’ai pu le voir lors d’un débat) peut être interprétée comme la volonté qu’à partir du socle européen l’on puisse reconnaître sa propre identité nationale en tant que composante véritable et à part entière de l’ensemble européen. Autrement dit et en étant moins savant : se sentir et s’assumer français, c’est ETRE européen !
Voilà, à mon sens, la dimension clé qui manque aujourd’hui à l’Europe ; tu me diras que le principe de reconnaissance des identités nationales et régionales fait partie intégrante de l’idéal européen (en outre reconnus dans des traités et autres chartes…) ; je te répondrai en effet, mais quels résultats, au regard du peu d’empathie des européens vis-à-vis de cette question. Le problème tient, toujours d’après moi, à une inégalité de départ, de situation entre européens : l’absence d’harmonisation sociale et fiscale ! Nous avons préféré nous attaquer aux politiques d’échanges commerciaux, de concurrence, de monnaie et concernant l’agriculture. En un mot, une Europe du marché avant une Europe de la solidarité, du droit du travail, des prélèvements fiscaux… .Or en situation de crise, un tel manque s’avère très préjudiciable. L’Europe doit être le socle de référence pour tous ces domaines.
 
Bref, je pourrais être encore plus long…
 
A bientôt pour échanger
Loïc MINERY


One Response to “Réponse à Florian BRUNNER, Bougeons les lignes (Colmar)”

  1.   Brunner Says:

    Être européen

    Ta réponse soulève la problématique de l’identité européenne.
    Je vais d’abord tenter de définir brièvement ” l’identité “.
    Cette notion est à mon sens multiforme. Il y a trois échelles : l’individu, le groupe, la société.
    L’image et l’estime de soi, les identités communautaires ou politiques s’élaborent, se construisent et s’actualisent sans cesse dans les interactions entre les individus, les groupes et leurs idéologies.
    Je vais m’axer principalement sur la dimension sociétale.

    Des identités européennes

    Actuellement, d’après moi, les nations elles-mêmes voient leurs fondations ébranlées. Les identités nationales sont en redéfinition. C’est le fait même de vivre ensemble qui est remis en question. Nos sociétés sont, à mon avis, individualistes, on ne cherche plus ” l’autre “, on ne cherche plus à le connaître vraiment.
    Avec l’immigration, l’arrivée de nouveaux groupes, le développement d’une société multiculturelle, on peine à instaurer de nouveaux repères.
    En outre le contexte politique est marqué de plus en plus par une vague populiste et la réinvention du nationalisme.
    Il y aussi un problème de représentation (dont les jeunes ne sont pas exclus) et de participation.
    Il est donc important comme tu le dis de redéfinir l’identité nationale, de lui trouver une nouvelle signification.
    Enfin je noterais au passage la situation des Roms, exemple d’une entité dispersée préoccupée par la préservation de son identité propre, demandant une réelle prise en compte.

    De l’identité européenne

    L’Europe est tout d’abord en manque de symboles forts.
    Le symbolique rassemble les êtres. Comme tu l’as suggéré, l’essentiel n’est pas le marché mais la constitution d’un destin commun.
    Un symbole fort pourrait être l’élaboration d’une Europe sociale…
    L’identité se doit, je pense d’avoir un cadre géographique clairement défini, que fait-on avec la Turquie ? Une réflexion sur les frontières devrait s’engager et pourquoi ne pas y associer les citoyens ?
    Là se pose un autre problème : la participation des citoyens. Comment se sentir citoyen européen ? En étant associé aux orientations et décisions. Pour l’instant l’évolution européenne a été surtout bureaucratique, il faut y associer les hommes. Et pour cela on peut organiser des consultations, des réunions d’information, permettre enfin de faire des associations européennes, revoir l’exécution d’un référendum européen et diminuer les exigences notamment en France pour constituer et conduire une liste aux européennes, commencer par les harmoniser.
    Enfin on construit une identité en l’éduquant. D’où mes propositions sur le livre d’histoire européen, le lien entre formation et emploi, l’accroissement des échanges (Erasmus est remis en cause).
    On pourrait aussi permettre aux jeunes européens de 18 ans d’être sur des listes, le droit de vote à 16 ans peut être une piste…
    Et pourquoi ne pas consulter les jeunes sur ce sujet ? Organiser des réunions, structurer des blogs-forums consultatifs ?
    Là est aussi le problème : les réseaux.
    Les responsables européens ne savent pas à mon avis communiquer. L’instauration du site ” Tell Barroso ” est un pas en avant mais ça n’est pas suffisant.
    Il y aussi la question des langues : doit-on laisser l’anglais prédominer, fonder une alternative genre espéranto ou trouver un compromis ?

    A bientôt pour échanger,
    Florian Brunner

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