L’industrie en Sud Alsace, c’est vital !
L’histoire de Mulhouse et de sa région est intimement liée à l’épopée et au déclin de l’industrie. Aujoud’hui encore, ce secteur de l’économie, au fil des restructurations, transformations et autres reconversions, demeure majeur pour le dynamisme de nos territoires. J’en ai eu la preuve hier, décisive je crois, à l’occasion de visites d’entreprises. Deux entreprises bien différentes. La première, WEHR, appartenant à St-Gobain et spécialisée dans la fenêtre ou la porte d’entrée essentiellement. Localisée à Lutterbach, employant une quinzaine de personnes à la production (sur la ligne de production), pléthore de commerciaux, comptables…, elle se distingue en raison de sa certification (au même titre que Tryba, entreprise locale également), qui l’oblige à un assemblage de qualité. Concernant l’organisation du travail, le chef d’atelier doit jongler entre impératif de productivité et bien-être du personnel. Les postes de travail sont automatisés ou non ; la mécanisation soulage le physique des employés mais présente tout de même des défauts, la machine n’en faisant quelques fois qu’à sa tête… . Chaque ouvrier doit veiller à la bonne exécution de sa tâche tout en étant capable d’intervenir sur un autre poste. La polyvalence, si elle n’est pas aboutie, n’en demeure pas moins un idéal. Le travail en équipe et la solidarité prennent ici tout leur sens. Et chose non négligeable, les employés doivent, outre faire preuve de réactivité, savoir de servir de leurs mains dans n’importe quelle situation. Enfin, il nous avouera que le relationnel a néanmoins profondément changé depuis l’achat par Saint-Gobain, les décideurs n’étant plus dans les bureaux d’à côté, mais à Paris.
Changement de décors total : nous voici désormais sur le site de PSA Peugeot-Citroen à Mulhouse-Sausheim. L’accueil et le discours sont convenus : les relations extérieures sont à l’oeuvre. Je suis perplexe. La visite débute enfin. Nous arpentons les entrailles du plus gros employeur de la Région. Ferrage, Peinture, Montage, les ateliers se succèdent. Les composants, aussi. Ici la mécanisation est à outrance : bras articulés, basculeurs, soudeurs automatiques… . Les rythmes sont intenses et calculés. Autre aspect majeur, la logistique est ici une affaire d’experts : route, rail, pour les relations intérieur/extérieur ; magasin de rangement, fenwick, “petit train” pour la circulation et la répartition des pièces, modules à monter. Là aussi, le chronomètre est roi. Les employés ont difficilement le temps de souffler : la répétition des gestes, des procédures, comme nos amis les robots… . Or l’entreprise tourne : 10 000 employés, 1400 véhicules/ jour contre 800 en décembre. Les arrêts de production ne sont plus d’actualité, on récupère désormais les jours en travaillant le samedi. En revanche, il faut le reconnaître, cette entreprise joue un rôle social de tout premier plan : 45 000 haut-rhinois sont plus ou moins influencés par les activités de Peugeot Mulhouse. Son maintien est essentiel, vital. Tout comme un approfondissement de la diversification des activités doit être un impératif pour notre territoire. Les PME doivent atteindre une taille-critique, et surout être soutenues bien davantage qu’elle ne le sont aujourd’hui. Elle sont nos poumons économiques. Ne l’oublions pas.
Loïc MINERY
juin 28th, 2009 at 9:14
Je connais bien les deux entreprises , Peugeot a été mon unique employeur pendant 38 années, j’ai arpenté de long en large cette usine pratiquement quotidiennement , pour Wehr cette entreprise était mon partenaire plusieurs années à l’époque ou j’organisais des manifestations sportives. C’était effectivement une entreprise familiale, le Directeur Monsieur Verrière aimait à aider les associations et le rachat par St Gobain a du appauvrir le coté familiale de l’entreprise , c’est à dire le coté humain qui fait cruellement défaut il me semble dans les grandes entreprises . Pour chez Peugeot le turnover est trés important , les responsables passent plus rapidement que des météorites , le coté humain de cette entreprise s’est amenuisé au fil des années , les jeunes qui arrivent dans cette entreprise ne manquent pas de courage mais la tritesse du relationnel les décourage souvent.Peugeot Mulhouse comme l’écrivait la revue ” l’expansion ” est une entreprise trés pyramidale ou celui qui est au dessus c’est toujours plus que celui qui est au dessous.J’étais auditeur combien de fois j’ai rencontré des jeunes diplomés qui travaillaient en ligne et qui n’ont absolumment rien à dire , apporter la contradiction c’est se rendre tout droit dans le mur. Mais il faut dire aussi que les responsables pour beaucoup qui ne savent même pas ce qu’est une clef à molette sont pressés comme des citrons et on leur impose des objectifs de plus en plus irréalistes. Dans les années 70 les futurs responsables avaient obligation de passer quelques semaines en ligne pour bien connaitre le produit , aujourd’hui tout cela est terminé , des jeunes ingénieurs arrivent , ils s’installent ne sachant même pas faire la différence entre une batterie et un démareur et là ils dispensent l’avenir à ceux qui triment en ligne. Bref le coté huamin disparait des grandes entreprises . Un ouvrier en ligne chez Peugeot peut être et même souvent plus brillant que le petit chef qui le dirige et apprendre toute la journée à fermer sa gueule démotive et à la longue décourage. C’est dur , trés dur de travailler toute une journée sur une ligne de production. Et les dirigeants politiques ou on rencontre trés peu d’ouvriers , feraient bien de faire des stages en entreprise par exemple en ligne , je ne suis pas sur qu’ensuite ils proposent de travailler plus longtemps. Le travail chez Peugeot Mulhouse était beaucoup plus dur il y a quelques années , aujourd’hui le travail est beaucoup moins pénible , mais certainement plus stressant, beaucoup moins valorisant et surtout moins humain. Il me faudrait des journées complêtes pour raconter 38 années d’expérience dans cette grande usine que j’ai quitté dans un trés grand anonymat, aujourd’hui que vous soyez bon ou mauvais , ancien ou jeune , quand c’est l’heure de partir, on ne vient même pas vous dire au revoir ,il il faut vite rendre les clefs du bureau ou du vestiaire, j’ai vu un collègue de travail qui était la référence dans son secteur , il a passé 40 ans de sa vie à se dévouer sans compter pour son entreprise , à une semaine de son départ le directeur qui passait à coté de lui , lui a juste dit ” mais vous n’avez pas encore rendu votre ordnateur !!” .
juillet 13th, 2009 at 11:23
Merci pour ta contribution Patrick, très éclairante sur l’état d’esprit qui peut effectivement règner dans une grande entreprise comme PSA Mulhouse… .Et la situation doit être comparable dans bons nombres d’entreprises de cette taille.
Loïc